mardi 19 juin 2012

Edito : Le PDG de Pang Da confiant - moi aussi (malgré tout)

Ce temps d'attente est peut-être pour certains acheteurs un moment d'impatience, pour les milliers d'ouvriers suédois une angoisse et pour certains distributeurs une énième épreuve qui vient amputer injustement les risques financiers qu'ils ont bien voulu prendre. Pas question pour moi de juger qui que ce soit. Même pas Victor Muller. S'il n'avait pas été là, nous ne serions déjà plus ici en train d'attendre que cette impasse de trésorerie trouve une solution. Un commentateur anonyme avait prédit l'arrêt de la production fin mai dernier et je l'avais un peu gentiment prié de nous donner ses sources. Force est de constater qu'il a eu raison. J'ai évité et je continuerai d'éviter cependant de donner dans le dramatique. Les faits sont suffisamment inquiétants en eux-mêmes et surtout le préjudice commercial vraiment important. Pas la peine d'en rajouter de trop, si?

Victor Muller le premier sait tout ça. Et quoi? A-t-il eu tort de se lancer dans la bataille sans avoir mesuré qu'il n'en avait pas les moyens? A-t-il si mal géré les finances? Mais que n'aurait été Saab aujourd'hui sans son ardent enthousiasme? Il est simple et sans intérêt d'ailleurs aujourd'hui de condamner (comme certains ne se privent pas de le faire sur Saabsunited en commentaires) une politique marketing coûteuse (le concept Phoenix, les salons, la fête de l'Indépendance etc.) mais le marketing fait partie intégrante de l'activité de constructeur.

L'Etat suédois ne veut/peut pas mettre une couronne dans son industrie ; elle n'y croit tout simplement pas et mise tout sur son secteur tertiaire. La démission de Maud Oloffson n'y changera rien. De cette vision des choses à court terme, on en reparlera, c'est sûr. Espérons avant qu'il ne soit trop tard. Une mise en faillite de Saab serait aussi une épreuve pour Volvo car de nombreux fournisseurs sont suédois et livrent aussi bien l'une que l’autre marque.

Les murs de la société Saab intéressent désormais un établissement financier suédois. (Màj: puisque - j'ai oublié de le signaler ici : V Antonov a été officiellement écarté du deal de rachat des biens immobiliers de Saab par la BEI) Rien n'est encore signé mais cela semble avancer. Une cession-bail dans le contexte de Saab ne se fait pas en 1 mois. Il faudra d'une façon ou d'une autre que Swedish Automobile présente un nouveau business plan pour Saab incluant certainement les nouveaux actionnaires Pang Da et Youngman tels que prévus dans les lettres d'intention. Ces accords vont prendre du temps et c'est là mon inquiétude. Que faire? Crier? Manifester? Abandonner? Si certains distributeurs devaient jeter l'éponge, je serai bien le dernier à leur en vouloir. Financièrement, c'est eux qui en prennent plein la poire, disons la vérité un peu. L'acheteur peut profiter de la situation pour négocier des rabais comme jamais. Le propriétaire de Saab, s'il porte le lourd fardeau de la responsabilité, peut monnayer la vente d'une entreprise qui a à ce jour plus d'actif que de passif, mais souffre d'un manque de liquidités. Le distributeur, lui a ses charges fixes de structures et de personnel. Comment rassurer les clients? Ce ne sont pas en soi les délais de livraison qui sont un problème (il faut presque 5 mois pour commander une A5 neuve avec options en ce moment!), mais plutôt l'incertitude totale qui pèse sur le moral de tous clients comme vendeurs.

Dans ce qui apparaît comme une longue, trop longue, traversée du désert pour Saab, particulièrement en France au vu des chiffres, il reste donc l'espoir d'un deal financier pouvant être bouclé finalement plus rapidement que la normale. Au fond, quand on connaît un peu l'histoire de Saab, on comprend que depuis le début, depuis le début même de l'histoire de la marque, Saab a toujours - toujours !- toujours été sous-financée et qu'avec si peu de moyens au fond, les ingénieurs, designers et commerciaux de Saab ont pourtant réussi à faire des merveilles. On aurait envie de "parler fort" - pour ne pas dire autre chose - pour que cela cesse enfin chez Saab ces sempiternels va-et-vient entre la trésorerie et l’ingénierie, la trésorerie et le marketing, etc, etc. Jamais assez d'argent pour réaliser le rêve Saab (pourtant on l'a fait plusieurs fois : la 96, la 99, la 900, la 9000, la 9-5, la 9-3..). On se prend à rêver d'un généreux actionnaire qui mettrait enfin un bon milliard d'euros sur la table pour 5 ans. Pourquoi pas? La conjoncture occidentale ne s'y prête pas. Qu'à cela ne tienne, V. Muller l'a compris lui : la reprise mondiale n'est pas arrivée jusque chez nous, il fallait aller la chercher en Chine. Je pense qu'il a bien fait. Ce marché émergent est avide de luxe et de grosses berlines comme la 9-5.

Rien ne sert pour l'instant de se scandaliser à moins d'avoir voix au chapitre, ce qui n'est pas le cas pour la plupart d'entre nous.

China news rapporte ce matin que le PDG de Pang Da, Pang Qinghua, se félicite du premier deal de distribution avec Saab qui, dit-il, est "en train d'être achevé". Il se dit clairement confiant dans l'acceptation du deal Pang Da-Saab-Youngman par les autorités chinoises.
Ok! Pourquoi moi, je douterais alors que ce monsieur vient d'acheter et de payer pour... 45 millions d'euros de voitures Saab qu'il n'a pas encore reçues. Ce règlement par anticipation est d'ailleurs en contradiction avec les règles d'usage de la Chine tellement notoirement méfiante à l'import. Pas de crédit documentaire (technique de commerce internationale qui définit le paiement lors de la livraison), mais non : deux virements selon ce qu'a affirmé Saab clairement..

En foi de quoi, je prends donc le pari que Saab va se relever, à moins que je change d'avis, c'est-à-dire que je finisse par penser que le PDG de Pang Da est vraiment le pire des acheteurs ! Au vu de la réussite brillante de son entreprise de distribution, leader dans son pays, il y a encore du chemin à faire pour moi pour jeter le bébé avec l'eau du bain.


Ceci est du passé avec un avenir qui se conjugue au présent :

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