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mardi 23 octobre 2012

Un peu de technologie et du bon sens pour améliorer la sécurité routière

La proposition de l'association 40 millions d'Automobilistes de sauver 1000 vies avec un plan de 6 mesures* s'appuyant sur une étude détaillée et réaliste des accidents de la route** est salutaire. Elle montre bien que la Sécurité Routière, rattachée au ministère de l'Intérieur, est complètement déconnectée de la réalité avec une stratégie qui consiste à installer toujours plus de radars et à vouloir faire toujours plus de répression, pour faire plaisir à des association ultra-minoritaires*** de victimes de la route. Ce que propose 40 millions d'Automobilistes ? Agir en priorité contre la somnolence et l'inattention au volant qui représente 37,7 % des personnes tuées (soit 857 à fin juillet), en ligne droite ou lors d'une modification inexpliquée de trajectoire. L'association, qui se situe dans l'orbite de l'Automobile Club de l'Ouest, souhaite développer des campagnes massives de sensibilisation et d'information en direction du grand public, mais aussi inciter les constructeurs d'automobiles à développer des technologies embarquées permettant d'informer le conducteur (comme celles que l'on trouve déjà chez Mercedes avec Attention Assist ou les systèmes d'alerte de franchissement de ligne comme PSA et d'autres marques), et travailler avec les constructeurs de routes sur des solutions rapidement adaptables (bandes sonores doubles, marquages au sol...) sur l'ensemble du réseau routier.


Toujours sur ce problème lié à l'inattention, 40 Millions souhaite favoriser les interfaces à commande vocale pour toutes les technologies de communication et d'information embarquées à bord des véhicules (GPS, aide à la conduite, téléphone...). On ne parle pas ici d'interdire, comme veut le faire de façon simpliste la Ligue contre la Violence Routière, mais d'adapter ces outils qui peuvent aussi servir à la sécurité (prévenir les secours, appel d'urgence). C'est ce que va faire par exemple Ford avec le système SYNC sur la Focus. La commande vocale est également déjà bien présente chez Audi, BMW et Mercedes. Précisons au passage que les GPS avertisseurs de radars, que le gouvernement a voulu interdire (toujours sous la pression de qui vous savez) vont en fait contribuer non seulement à signaler les zones dangereuses, avec l'échange en temps réel d'infos sur les bouchons et les accidents par exemple, mais diffuseront également des messages invitant à faire la pause toutes les deux heures.



Une autre idée consiste à améliorer les infrastructures routières (l'Etat a tout délégué aux départements pour le réseau national) et à développer le concept de « la route intelligente » pour améliorer l'information des conducteurs en temps réel sur tous les aspects (règlementation, difficultés, risques, densité de trafic, alternatives, conditions climatiques). Voilà un chantier qui permettrait de valoriser le savoir-faire français. L'association préconise également de développer le maillage autoroutier, 7 fois plus sûr, pour assurer une liaison sécurisée entre toutes les grandes villes de France, en maîtrisant les tarifs des péages autoroutiers pour en permettre l'accès à tous, en demandant à l'Etat d'augmenter la durée des concessions et d'autoriser l'adossement. Rappelons que les autoroutes sont aujourd'hui privées... 40 Millions veut également poursuivre l'aménagement des intersections en favorisant la construction de ronds points afin de limiter les risques rencontrés par certaines catégories d'usagers au moment de s'insérer dans le trafic et créer sur le réseau secondaire des zones alternatives de dépassement afin de limiter les collisions frontales.



Une autre mesure de bon sens, mais délicate pour le gouvernement est de veiller au positionnement judicieux des radars compris par tous et développer l'utilisation des radars pédagogiques dans toutes les zones à risque et plus particulièrement avant les courbes afin d'amener les conducteurs à adapter leur vitesse. L'idéal serait d'harmoniser et rendre compréhensible les limitations de vitesse incohérentes (autant en milieu urbain que sur route) pour s'assurer de la respectabilité de la règle. Cela concerne les limitations excessives mais également toutes les limitations dites « de convenance » accordées par les gestionnaires de voiries, sur pression de riverains. Là encore, des systèmes à base de GPS, communicants avec une carte numérique mise à jour en temps réel peuvent jouer un rôle.



Le constat de l'Institut d'étude des accidents de la route est sans appel : l'alcool et la drogue sont des problèmes de société qui se répercutent sur la route. C'est un enjeu devenu majeur, principal fléau sur la route, qui entraîne inconscience des risques, vitesse, absence de ceinture. L'alcool et la drogue sévissent en toutes circonstances et pour tous les types d'accidents. Si la Sécurité Routière constate que 30 % des tués sont dus à l'alcool, 40 Millions relève que dans 6 % des cas le taux d'alcoolémie est très élevé (supérieur à 2 g). Outre des contrôles ciblés, la technologie pourrait là aussi jouer un rôle. L'association n'en parle pas, mais les constructeurs savent faire des systèmes qui empêchent le démarrage quand on a trop bu. Et il faudra bien en arriver là un jour.

*La liste des 6 mesures : - agir contre la somnolence au volant et l'inattention - inciter à l'usage du réseau autoroutier - sensibiliser les deux roues motorisés - lutter contre l'alcool et les stupéfiants - améliorer les infrastructures routières - aider les conducteurs à adapter leur vitesse dans les zones à risques

** L'étude porte de janvier à juillet 2011, soit sur la base d'un total de 2274 tués constatés sur la période de référence. Elle a été menée par l'Institut d'étude des accidents de la route.

** Quelques centaines ou milliers de membres, contre plus d'un demi million de membres pour l'Automobile Club et 40 Millions, que les pouvoirs publics et les médias préfèrent ignorer.

samedi 23 juin 2012

La route intelligente en question : utopie ou réalité ?

Colloque-route-intelligente
A l'initiative d'Europ Assistance, d'Icare et de l'Equité (groupe Générali), le monde de l'assurance organise aujourd'hui à Paris un colloque sur le thème de la route intelligente, avec ce sous-titre : utopie ou réalité ? Je suis bien placé pour vous en parler car j'anime ce rendez-vous, qui se tient dans le cadre de la Bibliothèque Nationale de France. Il est intéressant de voir que les assureurs et les assisteurs s'intéressent à ce sujet. D'ailleurs, un blog assure le prolongement des tables rondes de ce jour : http://la-route-intelligente.com/. On peut y retrouver le programme du colloque, ainsi que des articles et des vidéos. La route intelligente intègre les innovations liées au véhicule et à la route elle-même, sachant qu'on assiste à une convergence entre la sécurité et la protection de l'environnement. Sur le plan de la sécurité, la généralisation des aides à la conduite dans les véhicules (ESP, régulateur de vitesse intelligent, suivi de ligne, anti angle-mort), l'information en temps réel (trafic, météo) et le futur dialogue entre l'infrastructure et le véhicule devrait se traduire en principe par moins d'accident.


Voici par exemple la stratégie de Volvo qui vise l'objectif zéro accident :



L'autre grand sujet d'actualité est le déploiement de l'appel d'urgence chez les constructeurs. PSA, Volvo et BMW proposent dans plusieurs pays d'Europe un bouton SOS qui permet de contacter les secours en cas d'accident ou de panne. Le système se déclenche automatiquement en cas d'activation de l'airbag et localise le véhicule, par GPS et les réseaux téléphoniques. La Commission Européenne aimerait rendre un tel dispositif obligatoire en Europe en 2014 au plus tard. La carte SIM intégrée composerait alors le 112, le numéro d'appel d'urgence unique. Voici, en attendant, comment fonctionne le système "Connect SOS" chez Peugeot.

Voir la vidéo Peugeot :



La route peut devenir également intelligente. Elle l'est déjà en partie, grâce aux capteurs qui permettent de renseigner les gestionnaires de voies rapides sur le trafic et les accidents. A terme, elle pourra sans doute envoyer des informations en temps réel, avec des donnés qui seront reçues directement à bord du véhicule. Les sociétés d'autoroute collaborent avec les constructeurs à ce propos. Mais, la route intelligente est en fait difficile à mettre en place. Ce n'est pas vraiment une question de technologie, mais plutôt de modèle économique. Qui doit financer de tels investissements.

Voir la vidéo sur la route intelligente :



La route "écologiquement responsable" est un des thèmes qui sera abordé aujourd'hui. Les technologies de l'information (GPS, Smartphones, Internet) permettent de localiser à distance les véhicules et - dans le cas des voitures électriques - d'anticiper sur la recharge des batteries. On peut ainsi assurer de l'auto-partage et une meilleure mobilité. La société VuLOG propose un service de ce type à Antibes et est impliquée dans plusieurs tests en France.

Voir la vidéo VuLOG :



Tout l'enjeu est de préparer l'arrivée de la voiture électrique. L'auto-partage va permettre d'éduquer le marché et de faire tourner les véhicules dans la rue, en attendant que les grands constructeurs et l'infrastructure de recharge soient prêts. Car, il y a beaucoup points à régler. Les assureurs et les acteurs de l'assistance s'interrogent d'ailleurs sur les services qu'ils vont pouvoir apporter aux automobilistes, afin de garantir leur mobilité.

Voir la vidéo de Renault sur les modes de recharge de la voiture électrique :



Au final donc, beaucoup de questions et pour le moment peu de réponses. La route intelligente n'est plus une utopie, mais n'est clairement pas encore une réalité. Et tout le mérite du monde de l'assurance, que l'on considère en général comme frileux et prudent, est au moins de poser les termes du débat.

lundi 18 juin 2012

La vision pour 2020 du groupe CARS 21

Le groupe Cars 21 (Competitive Automotive Regulatory System for the 21st century) est un consortium formé de représentants des constructeurs, des autorités publiques et des associations, dont la vocation est de préparer l'industrie auto aux défis du XXIème siècle. Il faut quand même savoir que l'automobile pèse en Europe 12 millions d'emplois, 92 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 30 milliards d'investissement dans la R&D... Cars 21 s'est réuni récemment à Bruxelles pour présenter sa vision de l'automobile en 2020.




Sans surprise, le moteur à combustion interne restera dominant dans la perspective de 2020. Le groupe pense qu'il faudra préparer une infrastructure adaptée, afin de permettre l'arrivée sur le marché de véhicules à énergies alternatives (électricité, hydrogène, biocarburants, méthane, GPL et autres). C'est particulièrement vrai pour les véhicules électriques, qui deviendront à terme un choix valable pour le consommateur européen. Le groupe réclame une infrastructure publique de charge, accessible et dont les prises soient normalisées.


Les véhicules propres de demain seront non seulement déployés mais également produits en Europe avec un soutien communautaire pour la recherche et le développement. Cars 21 plaide pour une initiative majeure concernant les technologies de pointe (incluant, entre autres, l'électrification des moteurs à combustion, les véhicules hybrides et électriques, les piles à hydrogène et les systèmes électriques et électroniques). Cette aide serait complémentaire au soutien continu de la BEI (Banque Européenne d'Investissement) au secteur automobile ainsi qu'à l'infrastructure et aux services.


Autre demande forte : la réglementation pour la réduction des émissions de CO2 doit rester une priorité, sans cependant affecter la compétitivité de l'industrie automobile. Afin d'atteindre des objectifs ambitieux (95 g par km en 2020), le groupe CARS 21 souhaite qu'une véritable approche intégrée soit entièrement mise en œuvre. Les mesures à prendre devront tenir compte des soucis de rentabilité des constructeurs et du coût des nouveaux véhicules. Par ailleurs, un nouveau cycle d'essais pour mesurer la consommation de carburant et les émissions sera mis en oeuvre, plus proche des conditions de conduite réelles. Sinon, les objectifs pour les voitures et les utilitaires sont techniquement réalisables.


La sécurité routière sera encore améliorée, par des actions supplémentaires portant sur les véhicules, l'infrastructure et le comportement des conducteurs. Parmi les priorités figurent l'équipement des motos, les technologies de sécurité des nouveaux véhicules (en particulier électriques) et les technologies ayant une influence sur le comportement des conducteurs et le respect des règles de circulation (limiteurs de vitesse, systèmes ITS*, conduite écologique).

Cars 21, c'est terminé. Il cède la place à un nouveau groupe, Cars 2020 qui se réunira une fois par an pour faire le point sur l'avancée de tous ces projets. *Intelligent Transport Systems : transport intelligent