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samedi 7 juillet 2012

Programme MoCoPo : un drone pour surveiller le trafic

Trafic routier France
Comment prévoir les bouchons sur les autoroutes urbaines et mesurer leur impact au niveau de la pollution ? Tel est l'objectif d'un programme de recherche mené par l'INRETS (Institut National de Recherche et d'Etudes sur les Transports et leur Sécurité) et qui a pour nom MoPoCo (mesure et MOdélisation de la COngestion et de la POllution). Il est soutenu par le ministère de l'Ecologie et le Commissariat Général au Développement Durable. Sur une région comme l'Ile de France, on enregistre matin et soir jusqu'à 200 km de bouchons (et encore, il ne s'agit que des axes où des capteurs mesurent le trafic) pendant 3 ou 4 h. Mais, on ne sait pas exactement pourquoi. Or, cette connaissance serait précieuse pour évaluer les solutions mises en place (limitations dynamiques de vitesse, régulation d'accès, interdiction pour les poids lourds de dépasser) et essayer d'en trouver d'autres. C'est là qu'intervient MoCoPo avec un moyen original de surveiller le trafic : un drone qui prend des images en haute définition.


Drone Mocopo

Hé oui, pas la peine d'aller en Afghanistan pour voir des drones dans le ciel. Il suffira de circuler sur la RN 87, au niveau de la rocade sud de Grenoble pour voir l'engin à l'oeuvre. C'est cette zone qui a été choisie pour une campagne de mesure. Le drone d'hélicoptère, qui appartient au LCPC (Laboratoire Central des Ponts et Chaussées), a été équipé d'une caméra HD capable de prendre 15 images par seconde. Elle sera fixée sur une tourelle gyrostabilisée. Le drone sera localisé par GPS et suivi à distance depuis le sol.

Mopoco-plein-ecran

Chaque image "pesant" 5 Mo, le drone peut filmer l'équivalent de 75 Mo par seconde. Et à l'issue de la campagne de vols (pendant 15 h), l'engin sans pilote permettra d'engranger 4 To (4 bons disques durs) de données, avec 24 000 trajectoires et 12 millions de mesures. Les images seront ensuite digitalisées pour connaître la position de tous les véhicules (position sur la file, vitesse, changement de voie), tous les dixièmes de seconde au moins. Pourquoi une telle précision (20 cm par pixel) ? Tout simplement, parce que les chercheurs voulaient connaître en détail les trajectoires. On se doute que les bouchons sont provoqués par des changement de voie, de la conduite en slalom dès qu'il y a des "trous" et des problèmes d'insertion. Là, on peut le mesurer de façon objective. En plus du drone, qui livrera des images que ne renierait pas Yann Arthus-Bertrand, le programme MoCoPo fera appel à des mesures au sol.

Stations-mobiles-MoCoPo

Au sol, les chercheurs vont utiliser des moyens innovants pour avoir une connaissance fine du trafic.
D'une part, ils utiliseront la reconnaissance de plaques par caméra - en liaison avec le fichier des cartes grises - pour identifier le parc roulant sur cet axe. L'objectif n'est pas d'identifier les conducteurs, mais de déterminer le profil de ce parc, par catégories (VP, VUL, PL), par technologie et par taille, et selon les réglementations d’émissions de pollution.
D'autre part, ils mettront en place un magnétomètre pour mesurer la vitesse moyenne à la minute près (alors qu'en principe, pour modéliser le trafic, on se contente d'une mesure une fois par heure). En parallèle, et en partenariat avec l'organisme local de surveillance de l'air (ASCOPARG), deux laboratoires mobiles seront utilisés afin de permettre une mesure simultanée des concentrations de polluants dans l’air et l’enregistrement de paramètres météorologiques (vitesse, direction du vent, température, humidité relative) durant l’année 2010 à raison de 4 campagnes de deux semaines. Les polluants atmosphériques mesurés à l’aide d’analyseurs automatiques (données quart‐horaires) seront les suivants : NO, NO2, PM10, PM2,5, CO. Une station fixe servira de référence aux mesures ponctuelles mobiles.

Insertion-MoCoPo

Alors, à quoi cela va-t-il servir ? A l'issue des 36 mois de ce programme, l'INRETS aura une vision très précise du trafic sur les 5 km de ce tronçon de la rocade de Grenoble, d'autant que MoCoPo se servira des données d'un autre projet, mené par l’INRIA Rhône‐Alpes, la Direction Interdépartementale des Routes Centre Est et le Conseil Général de l’Isère pour avoir accès en temps réel à de données de comptage sur la voie courante et les entrées et sorties de la rocade Sud.. Ca fera une belle jambe aux parisiens et aux habitants des grandes villes et qui ont sans doute des problèmes plus aigus de trafic ! Oui mais... La connaissance fine permettra d'identifier les comportements qui conduisent aux bouchons en accordéon et à la saturation. A partir de là, les chercheurs de MoCoPo pourront faire des propositions visant à modifier ou à améliorer les dispositifs de régulation du trafic.

mercredi 27 juin 2012

La mobilité durable : un pôle de R&D majeur à Versailles-Satory



Le 26 juin, j'ai assisté à l'inauguration d'un nouveau bâtiment de l'INRETS (Institut National de Recherche sur les Transports et la Sécurité) sur le site de Versailles-Satory, là même où travaille depuis 10 ans le LIVIC (Laboratoire sur les Interactions entre le Véhicule, l'Infrastructure et le Conducteur). Ce n'est pas seulement un bâtiment de plus. L'objectif est de bâtir un pôle de recherche majeur sur la mobilité durable et les véhicules décarbonés, le tout dans l'orbite du pôle de compétitivité Mov'eo, qui est le plus gros pôle sur l'automobile.




Le site abrite des équipes en charge de la psychologie de la conduite (simulateurs, ergonomie) ainsi que le fameux LIVIC et un centre innovant qui a pour nom le CEREMH (centre de ressources innovation mobilité handicap). Il va aussi accueillir des spécialistes du véhicule électrique.



L'INRETS est en fait une grosse machine de recherche, dont les effectifs sont éclatés entre Lyon, Lille, Salon de Provence, Marne La Vallée et Satory. Ce dernier site est appelé à prendre beaucoup d'importance, d'autant qu'il sera relié à Orly, La Défense et Roissy par un métro automatique, dans le cadre du Grand Paris.



Le LIVIC travaille depuis 10 ans sur des systèmes d'aide à la conduite : régulateur de vitesse, alerte de sortie de voie, freinage automatique et même conduite entièrement automatisée. Certains de ces systèmes existent déjà chez les constructeurs, me direz-vous...
C'est vrai, mais cela n'empêche pas ce labo de déposer des brevets et de vendre des technologies aux équipementiers.



Ils ont une expertise de pointe dans bien des domaines, en particulier dans la simulation de capteurs et les capteurs optiques (reconstitution de l'image pour percer le brouillard à l'aide d'une caméra). Nous avons décliné toutes ces techniques, dans le cadre d'une table ronde que j'animais.



Lors de cette visite, j'ai aussi été surpris par un véhicule destiné aux handicapés, d'autant que c'est un véhicule-école. Développé par le CEREMH, auquel je faisais allusion ci-dessus, il est équipé de plusieurs boîtiers électroniques permettant de piloter la direction, l'accélération et le freinage. C'est vraiment bien fait.



Un handicapé sur fauteuil roulant peut directement s'installer au volant et le moniteur à côté peut tout contrôler, avec les doubles commandes mais aussi avec un boîtier avec joystick. Ce monospace est utilisé sur les pistes de Satory pour des leçons de conduite avec handicapés.













En ce qui concerne le véhicule décarboné, nous n'avons pas eu de véhicule électrique à essayer. Mais, avec Renault et Valeo dans le pôle Mov'eo, nul doute qu'on va en croiser prochainement sur les pistes de Satory...

lundi 16 janvier 2012

La recherche sur la voiture du futur : à quoi sert l'IFFSTAR ?

Il y a tout juste un an, l'INRETS (Institut National pour la Recherche sur les Transports et leur Sécurité) et le LCPC (Laboratoire Central des Ponts et Chaussées) fusionnaient pour devenir l'IFFSTAR (l'InstitUt FrAnÇAis Des sciences et technologies Des trAnsports, De l’AménAgement et Des réseAUx). Un évènement passé inaperçu, sauf dans la communauté de la recherche. Ce choix est motivé par la nécessité pour la France d'avoir un outil de recherche encore plus performant et de portée internationale, au moment où l’Europe, qui prépare le 8e PCRD*, retient le « smart, green and integrated transport » parmi les 7 grands défis sociétaux de ce siècle.



Ca, c'est pour la déclaration d'intention. Mais, voyons ce qu'il y a derrière. Car, si la France a soi disant une certaine "expertise" et que l'INRETS n'a jamais autant signé de contrats de recherche et déposé de brevets, en quoi les travaux menés peuvent-ils intéresser les constructeurs et les équipementiers automobiles ? Le contrat d’objectifs 2012-2013 fixe pour cet institut 28 objectifs et des orientations stratégiques partagées à 10 ans dont l’écomobilité, l’optimisation des transports et la sécurité routière. Pour le LCPC, le même type de contrat fixe 38 objectifs, avec des priorités issues du Grenelle de l'Environnement, notamment les économies d’énergie et de ressources naturelles, la maîtrise des risques naturels y compris ceux liés au changement climatique, la durabilité des constructions et le développement des transports alternatifs à la route.


Une fois qu'on a dit ça, quels sont concrètement les actions menées ? De par son implication dans les pôles de compétitivité (i-Trans, Mov’eo, Advancity, LUTB, System@tic), l'INRETS est au contact d'industriels et apporte sa matière grise ainsi que des moyens d'essai. Les projets Co-DRIVE, SCoREF et PLATA sont par exemple trois projets collaboratifs qui visent le développement de systèmes communicants pour l’automobile avec Renault, PSA, Valeo et quelques PME innovantes. Il y a aussi le projet de nouvel institut VeDeCoM qui devrait regrouper sur Versailles-Satory plus de 200 nouveaux chercheurs (dont 19 du LCPC et de l’INRETS) autour de trois thèmes : les composants des véhicules électriques ou hybrides, les systèmes embarqués communicants, les nouveaux systèmes de mobilité. D'autres travaux concernent par exemple l'analyse de la perte d'attention au volant (grâce à l'apport de la neuro chirurgie) et l'assistance de la conduite.
Demain, je reviendrai sur quelques exemples concrets.

*Programme Cadre de Recherche et de Développement