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lundi 10 décembre 2012

L'automobile, plateforme multimédia et réseau social de demain ?


Qui a dit : "le véhicule électrique sera à la voiture ce que l’iPhone est au téléphone" ? C'est Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan et c'était ce mercredi, en ouverture de leWeb 2010 la grand messe des blogueurs et des spécialistes de l'Internet à Paris. Organisé par le désormais célèbre Loïc Le Meur, ce rendez-vous regroupait les plus grands noms du web mondial, dont Google et Microsoft devant 2500 personnes. Renault, qui était partenaire de l'événement, en a profité pour exposer sa vision des technologies de la communication.



Devant un auditoire conquis, et face à des blogueurs dont certains ont été invités* par Renault, Carlos Ghosn a fait un discours remarqué. Dans son keynote, qui faisait penser un peu à ce qui se passe au CES de Las Vegas**, il a comparé le véhicule électrique à une plateforme multimédia, qui va accueillir des applications informatiques.

Voir la vidéo :



Il y a chez Renault comme chez tous les autres constructeurs une fascination pour l'iPhone et surtout pour le business model de l'App Store. Mais, n'est pas Steve Jobs qui veut... Il faut reconnaître que la marque au losange a un certain talent pour faire passer son retard dans les produits pour une marque de supériorité. En attendant, elle communique à tout va, avec par exemple une campagne sur la Twizy qui utilise iAd, la régie d'Apple sur l'iPhone.


Il y a quelques semaines, Renault a aussi lancé l’application « Plug quest » qui permet de prendre en photo les endroits où les utilisateurs de véhicules électriques souhaiteraient voir installer leurs bornes de recharge. Ces informations sont ensuite partagées avec les partenaires pour construire le réseau de demain.


Il est bon parfois de rappeler que Renault n'a pas le monopole de l'iPhone. Plusieurs constructeurs proposent déjà des applications pour des voitures électriques qui, elles, circulent déjà. On peut notamment citer le cas de Nissan pour la Leaf, mais aussi de Chevrolet pour la Volt. Les applications permettent de piloter la charge. Il ne faut pas oublier non plus l'appli qui permet chez BMW de prendre le contrôle à distance du véhicule et qui est pour moi la plus innovante à ce jour.


Mais, revenons au sujet principal qui est celui du multimédia. Je suis d'accord avec Carlos Ghosn, quand il dit que les plateformes de communication digitales sont un nouvel atout pour développer plus de services, de sécurité et de confort à bord d’une automobile. A ce propos, on peut citer l'exemple de la LTE Connected Car : ce prototype réalisé par Alcatel Lucent et Toyota, avec l'aide de plusieurs partenaires. Là, on est concrètement dans une offre de services et l'auto devient un Smartphone sur 4 roues.
D'autres exemples ? Ford a fait appel à des étudiants pour développer des applications dans le cadre de SYNC, l'offre de connectivité de la marque aux Etats-Unis. Volkswagen a organisé un concours d'idées autour des applications de demain. Pour sa part, Kia USA a déjà présenté un concept qui donne accès à Facebook et Twitter à bord (à l'arrêt uniquement).


La bonne question est : qui va fournir cette plateforme et en tirer les bénéfices ? Apple peut se permettre de verrouiller le système, car il a bâti un éco système autour de son offre produits (iPod, iPhone, iPad...). Les constructeurs automobiles ne peuvent pas en faire autant, et pas plus Renault qu'un BMW qui a imaginé pourtant un App Store adapté à sa marque. Que pèsent ils par rapport aux géants de l'Internet et de l'informatique ? Par ailleurs, la culture de service n'est pas non plus le point fort de l'industrie auto. J'attends de voir ce que Renault va faire avec Yahoo! (des séries limitées et a priori communicantes sont prévues en 2011), sachant que sur ce point là aussi, il y a du retard par rapport à d'autres constructeurs (Audi, BMW, Peugeot, Citroën) qui proposent déjà l'accès à Internet à bord, avec même parfois du service.
Bilan : encore - et surtout - une belle opération de communication.

*L'entrée est en principe à 1990 € par personne.
**Mais à Las Vegas, c'est Audi qu'on invite par exemple en janvier 2011 (c'était Ford en 2010). Rupert Stadler parlera des relations entre l'électronique grand public et l'automobile, ainsi que de voiture électrique.

Site : http://www.leweb.net/

lundi 3 décembre 2012

Les patrons US se mobilisent pour le véhicule électrique



Avez-vous entendu parler de la "coalition sur l'électrification" ? Non ? Ce n'est pas étonnant, car l'initiative reste encore assez discrète.



Une douzaine de patrons établis en Amérique, dont Carlos Ghosn pour Nissan, mais aussi les big boss de plusieurs compagnies US comme Fedex, Johnson Controls, ou encore NRG Energy, se sont regroupés pour former cette organisation, basée à Washington. Elle se veut non partisane et indique ne pas agir pour le profit. Il n'empêche que cette action de lobbying arrange bien les affaires de Nissan (et de Renault) qui met le paquet sur l'électrique, et qui est d'ailleurs le seul constructeur de la coalition.
On peut en savoir plus en consultant leur site : http://www.electrificationcoalition.org/

Il y a même une vidéo sur You Tube :



La coalition avance quelques chiffres instructifs. L'Amérique consomme plus de 20 millions de barils de pétrole par jour (le prix du baril a atteint jusqu'à 147 $ en juillet 2008) et son secteur transport rejette 34 % des émissions de CO2. A l'inverse, la production d'électricité (à partir de gaz, charbon, nucléaire et énergies renouvelables) est domestique. De plus, 90 % des américains parcourent moins de 30 miles par jour, ce qui est largement à la portée des batteries. Le pari est qu'il vaut mieux investir dans l'électrique pour rouler moins cher et ne plus dépendre d'autres pays pour bénéficier de l'énergie. Pour information, les hybrides ne pèsent que 3 % du marché US. Il n'y a que 1000 points de recharge électrique contre 150 000 stations-service.



En téléchargeant la roadmap pour l'électrification depuis le site, on peut lire que 75 % des miles parcourus aux Etats-Unis en 2040 devraient l'être avec des véhicules électriques. La coalition propose tout un programme avec une première phase de 2010 à 2013 pour mettre en place l'éco-système (financement des infrastructures de recharge dans 6 à 8 villes, incitation à l'achat) et une seconde phase de 2014 à 2018 pour la montée en puissance avec un élargissement à 20 ou 25 villes et une réduction des incentives en pariant sur le fait que les économies d'échelle permettront un prix plus abordable des véhicules.


Le calendrier est le suivant :
2013 : 700 000 véhicules
2020 : 14 millions de véhicules électriques sur la route
2030 : 123 millions de véhicules
2040 : 75 % des miles parcourus par des véhicules légers le seront avec un véhicule électrique.



Bien sûr, cela passe par un appui du pouvoir politique (achat de véhicules par le gouvernement, réduction d'impôts, actions pour inciter les entreprises et les particuliers à installer des prises, mises à niveau des centrales électriques). La coalition propose d'ailleurs la création du poste de secrétaire au transport électrique au Département d'Etat à l'Energie.
Voilà un bien joli programme qui montre que les USA veulent accélérer et qu'ils iront plus vite que nous.

mardi 18 septembre 2012

Revenge of the Electric Car : un docu raisonnablement optimiste et bien tourné

J'ai eu l'opportunité d'assister à une projection de "Revenge of the Electric Car", le fameux film de Chris Paine qui n'a été diffusé pour le moment que dans le cadre du festival de Tribeca, à New York (mais dont de nombreuses dates à travers les USA sont annoncées entre octobre et décembre) et qui n'a pas fait l'objet d'une sortie en salles. Cela s'est passé ce week end à Amsterdam, à l'initiative de Nissan, Amsterdam Electric et the New Motion (un consortium avec la ville d’Amsterdam et les partenaires impliqués dans la voiture électrique).



Je ne me suis pas fait prier pour répondre à l'invitation, d'autant que c'était l'occasion de reprendre le volant de la Leaf et de conduire dans Amsterdam. J'ai appris au passage un certain nombre de choses sur les facilités accordées aux Pays-Bas aux conducteurs de véhicules électriques et sur l'infrastructure de recharge. D'ailleurs, en lisant la revue de bord de KLM, un article évoquait la volonté d'Amsterdam de se doter de 10 000 voitures zéro émission dans les 5 ans et d'un réseau de 2000 bornes. La preuve : le parking de notre hôtel était équipé de bornes de recharge pour voitures et scooters.



La projection a eu lieu au stade olympique de la ville, sous la forme d’un drive in, avec un écran géant en face duquel étaient garées une centaine de Leaf. Pourquoi ? Il se trouve que la voiture électrique de Nissan est l’une des vedettes avec la Chevrolet Volt et le roadster Tesla de ce deuxième opus de Chis Paine. Le réalisateur de "Who killed the Electric Car" a eu un accès privilégié auprès de Carlos Ghosn et a assisté à la naissance de la Leaf. La force de ce documentaire est d'ailleurs d'avoir pu être mis dans la confidence de la conception de la Chevrolet Volt et d'avoir de l'intérieur partagé aussi le quotidien du fondateur de Tesla, Elon Musk.


Contrairement à ce qu’on pouvait croire, « Revenge of the Electric Car » n’est pas un film militant en faveur du véhicule électrique. Il est plus mesuré qu’on ne le pense et laisse la place au doute, par exemple en évoquant le risque pris par Nissan (en cas d'échec, pronostique un éditorialiste du Wall Street Journal, il n'y aura plus de Carlos Ghosn, ni même de Nissan), ou encore quand on voit les difficultés de Tesla, qui a brûlé son cash, à trouver du financement. L'intérêt du film vient du fait que la crise a eu lieu en plein tournage du film et que Chris Paine a été le témoin de la transformation de General Motors (ce GM qu'il pourfendait pour avoir détruit les fameuses EV1).


Ce documentaire repose sur 4 personnages, dont Bob Lutz (ancien Vice-Président de GM et qualifié de Mr Detroit, symbole du pétrole et de la puissance), Elon Musk (PDG de Tesla, le challenger), Greg "gadget" Abbott (un géo trouvetou qui transforme n'importe quelle voiture en électrique) et donc Carlos Ghosn (le PDG de Renault et Nissan, présenté comme un Napoléon et un guerrier). 


Je retiens de ce film quelques scènes savoureuses, comme Bob Lutz se déplaçant en Segway dans sa ferme du Michigan, Carlos Ghosn en chef des troupes qui inspecte une usine et signe des autographes (et qui dit "ok", "very good" en découvrant au Japon la version de série de la Leaf") ou encore Elon Musk qui pâlit en entrant dans un hangar rempli de roadsters qui sont des retours d’usine. Il y a aussi quelques guest stars dont Dany de Vito (qui adorait l'EV1), Anthony Kiedis des Red Hot Chili Peppers, ou encore Arnold Schwarzenegger. Jon Favreau, le réalisateur d'Iron Man, s'exprime aussi pour dire que le fondateur de Tesla (qui avait fondé PayPal, puis SpaceX) a servi de modèle pour Tony Stark dans le film, genre golden boy flamboyant.


Une autre scène, amusante, est celle où Bob Lutz et Elon Musk (l'un représentant l'industrie du passé, l'autre celle de l'avenir et symbole de la Silicon Valley face à Detroit) se croisent au salon de Detroit et se penchent avec intérêt sur la Leaf. Sinon, on aperçoit à la fin Shai Agassi de Better Place en Israël et le film passe en revue d'autres modèles dont la Mini E, l'Active E de BMW et la Ford Focus électrique. Il évoque aussi une prévision d'un million de voitures et d'un million de bornes à horizon 2015. Vous l'aurez compris, j'ai bien aimé le film. Cela ne fait pas de moi pour autant un militant de la voiture électrique. Mais, si ce film sort un jour en France ou doit être projeté, je pense que les spectateurs apprécieront un docu rythmé, bien monté, et avec une bande-son efficace. Chris Paine est un convaincu (sa Tesla est pourtant en panne dans le film), mais il a évité l'écueil du discours larmoyant qui aurait pu en faire un pensum.