lundi 6 février 2012

Ford Mustang GT 1968. Salut Frank Bullitt!

Ford Mustang GT 1968. Une réplique à peu près parfaite de la Mustang de Frank Bullitt, personnage principal du film du même nom.

Raconter le scénario du film Bullitt, tourné en 1968, ne servirait pas à grand-chose. Il s’agit, grosso modo, de l’histoire d’un policier, sans peur et sans reproche, Frank Bullitt (Steve McQueen), en butte contre un politicien corrompu, Walter Chalmers (Robert Vaughn) et des membres de la pègre qui se disputent un truand désirant s’enfuir avec l’argent de la mafia de Chicago. L’histoire, un peu mélodramatique comme beaucoup de films de la fin des années ’60, n’est pas sans intérêt, mais c’est la poursuite automobile impliquant Bullitt et deux tueurs à gages dans les rues très inclinées de San Francisco qui a fait de Bullitt un film culte.
Évidemment, pour qu’il y ait poursuite, il faut au moins deux véhicules. Et dans Bullitt, les producteurs n’y ont pas été de main morte! Deux superbes bagnoles font donc les frais de la poursuite. Le lieutenant-détective Bullitt conduit une Ford Mustang GT 1968 verte tandis que les méchants tueurs à gages s’installent à bord d’une Dodge Charger noire de la même année. Il est assez ironique de constater que Sans Francisco, autrefois comme aujourd’hui, est une ville dont la population, en partie asiatique, est plus ouverte aux manufacturiers automobiles japonais ou européens. De plus, les rues sont souvent étroites et congestionnées, ce qui ajoute à l’esprit européen. Faire débouler, à des vitesses d’enfer, deux grosses américaines surpuissantes dans ces rues tient de la folie pure et simple… et augmente le suspens!
La poursuite entre la Charger et la Mustang débute alors que les deux tueurs à gages suivent Bullitt. Quelques coins de rues plus tard, ils perdent leur homme de vue. Mais Bullitt, lui, n’entend pas s’enfuir. Dans un moment dramatiquement réussi, les tueurs à gages voient, dans leur rétroviseur, la Mustang verte de Bullitt les prendre en chasse. Et pendant neuf minutes 42 secondes, la Mustang et la Charger se livreront un duel épique à travers une circulation parfois dense. La poursuite se termine alors que la Charger fonce dans une station-service, entraînant ses deux occupants dans la mort. Voilà pour les généralités. La réalité d’un tournage est souvent moins héroïque et parfois loufoque…
Bullitt pilote une Mustang GT propulsée par un V8 de 390 pouces cubes couplé à une transmission manuelle à quatre rapports. Les tueurs à gages ont droit à un Charger 440 Magnum avec une transmission manuelle à quatre rapports aussi. Bonjour testostérone! Pour les besoins du film, les producteurs achètent deux Mustang et deux Charger. Question d’améliorer le comportement des Mustang, les amortisseurs et leurs supports sont renforcés, de même que les traverses (cross members). Les pneus et les jantes sont plus imposants que ceux de série. Côté moteur, les mécanos se concentrent sur de nouvelles culasses. Les Charger subissent à peu près les mêmes modifications, sauf que le moteur est laissé tel quel.

Six enjoliveurs!
Le tournage de la poursuite s’est déroulé à la fin du moins d’avril 1968 à trois endroits différents de la ville de San Francisco. Le scénario original mentionnait que la Mustang et la Charger devaient prendre le magnifique Golden Gate mais les autorités de la ville ont catégoriquement refusé. En fait, seulement quelques rues de la ville ont été mises à la disposition de l’équipe de tournage et la police de San Francisco n’a fourni que deux agents pour arrêter le trafic, ce qui laissait bien peu de latitude aux producteurs. Pour remédier à la situation, plusieurs caméras ont filmé la même scène… ce qui explique que l’on peut voir plusieurs fois les deux voitures doubler la même Volkswagen Beetle verte! Et que la Charger ne perd pas moins de six enjoliveurs! De plus, la Ville désirait que les voitures ne dépassent pas 35 mph (56 km/h)… En fait, elles ont souvent dépassé les 100 mph (160 km/h)!
On a aussi fait grand cas du fait que Steve McQueen réalisait lui-même toutes les cascades à bord de la Mustang. Ce qui ne fut pas tout à fait le cas. Durant les répétitions, McQueen avait tendance à rater ses dérapages et il fut alors remplacé par un cascadeur. Mais il conduisait sa voiture pour la plupart des scènes ne demandant pas de changements de direction trop téméraires. Le très peu souriant conducteur de la Charger n’était nul autre que le cascadeur lui-même, Bill Hickman, qui avait le physique de l’emploi, d’autant plus qu’il s’agissait d’un rôle muet.
Pour ajouter au réalisme, les producteurs ont décidé de conserver les erreurs du tournage. Par exemple, une caméra, installée sur une voiture stationnée le long du trottoir, a été bousillée quand la Charger a raté un dérapage. Dans plusieurs scènes, on peut remarquer de l’équipement cinématographique dans les automobiles. La poursuite se termine lorsque la Charger entre en collision avec une station-service qui explose. En fait, la voiture ne touche jamais à la station-service à cause d’une erreur de trajectoire. Mais puisque les explosifs sautent quand même, l’illusion est presque parfaite.
Toutes ces erreurs, la trame musicale, les acteurs, l’histoire sommaire et, surtout, la Mustang et la Charger font de Bullitt un film culte. Puisque la Charger avait déjà fait les frais d’un article (http://www.guideautoweb.com/articles/3733/) nous nous sommes rabattus avec joie sur la Mustang. C’est ainsi que nous avons eu le plaisir, il y a déjà quelques années, de rencontrer Marcel Boza de Tring-Jonction, une petite localité située près de St-Georges-de-Beauce. Marcel, mécanicien et amateur de belles voitures possède une très jolie Mustang GT 1968 qui est une réplique de celle utilisée pour le film.

La Mustang de Marcel
La Mustang GT de Marcel Boza possède un moteur de 390 pouces cubes qui développait, avait de légères retouches, un respectable 325 chevaux. Désormais, on parle de 410 chevaux! Lorsque notre mécanicien a acheté cette voiture, elle était loin d’afficher l’allure qu’elle a aujourd’hui. Bien qu’elle paraissait belle, il n’en était rien, le dessous devant impérativement être refait. Rendu à ce point, le nouveau propriétaire en a profité pour effectuer une restauration complète et remplacer le pauvre 302 pouces cubes qui avait temporairement trouvé refuge sous le capot par un 390, comme à l’origine. Et tant qu’à faire, il s’est plié aux suggestions de ses amis qui voyaient déjà dans cette Mustang une réplique de la Bullitt. C’est désormais chose faite et, outre les prises d’air latérales et la barre chromée placée au bas des portes, la ressemblance entre la Mustang du film et celle de Marcel Boza est frappante.
Questionné sur les capacités routières de la Mustang GT 1968, son propriétaire nous ramène à la dure réalité des muscle cars : la tenue de route est très ordinaire (plus ordinaire que celle de la Boss 302 d’un de ses amis) et la consommation d’essence est catastrophique… En fait, Marcel Boza ne l’a jamais calculée. Ça lui ferait trop mal! Mais on peut facilement l’estimer à 30 litres aux cent kilomètres (8 milles au gallon). Il s’agit cependant d’une consommation auditive. En effet, si le moteur ne possédait pas un si beau son lorsque poussé à ses limites, le conducteur serait sans doute moins tenté d’appuyer sur l’accélérateur! Et laissez-moi vous assurer que même si vous écoutiez le film Bullitt sur un cinéma-maison de 1 000 wattts, rien ne vaut la sonorité d’un véritable 390, accompagné par une belle poussée de tous ses chevaux. Merci, Marcel!

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